Chantier Rempart-La ferme d’Ithe

Chantier Rempart-La ferme d’Ithe

Chantier de bénévoles Rempart avec l’association ApsaDiodurum :

Après ces mois de confinement, j’ai décidé de rejoindre pour 2 semaines le chantier Rempart pour restaurer la Ferme cistercienne d’Ithe près de Jouars-Pontchartrain (78), et afin de travailler le plâtre lors d’un stage technique. Ce chantier se déroulait en parallèle d’une opération archéologique réalisée par les bénévoles de l’association ApsaDiodurum.

Le chantier consistait à réenduire la chapelle avec du plâtre récupéré et recyclé sur place.

Encadrés par les maçons/plâtriers Joël Tressol et Charles-Louis Roseau, par notre animatrice Gabrielle Antz et sous la supervision du responsable scientifique Olivier Blin (INRAP), nous avons fabriqué notre propre four pour déshydrater le gypse. Une fois cuit, le plâtre a été broyé, tamisé et nous avons pu le gâcher à nouveau. Cela nous a permis de refaire l’un des pilastres de la chapelle et de nous exercer à la fabrication de moulures à l’aide de gabarits que nous avons confectionnés nous-mêmes.

A l’origine d’où vient le plâtre?

Commençons par le début. Le gypse est une roche tendre, présent sur notre territoire et plus particulièrement en Ile-de-France où il représente 70% de sa production. Composé de sulfate dihydraté de calcium, il perd une partie de ses molécules d’eau quand il est chauffé à une température d’au moins 150°C. Il devient alors du plâtre. Ce plâtre mélangé à de l’eau va se réhydrater et redonner du gypse. Ainsi, nous avons un circuit déshydratation/hydratation qui permet au plâtre d’être réutilisé à l’infini. L’objectif du chantier était donc de recycler le gypse trouvé sur le site pour réenduire la chapelle.

La construction du four à plâtre

Parmi les ruines du site nous avons trouvé un petit coin constitué de trois murs qui permettaient de protéger notre four du vent. Tout l’équipe s’est ensuite mise à monter le four à l’aide de blocs de gypse trouvés sur le site. Pour l’expérience, nous avons construit deux fours. L’un étant totalement fermé et  permettant une combustion sans apport de bois supplémentaire, l’autre étant ouvert et alimenté en bois au fur et à mesure que ce dernier brûlait.

Une fois les parois de gypse montées, dans le premier four nous avons mis du bois en créant une cheminée centrale, puis nous avons recouvert ce bois de morceaux de gypse. Le four terminé, l’ajout d’un peu d’alcool et une allumette enflammée dans la cheminée ont permis au feu de démarrer. Le deuxième four a été alimenté en bois pendant quelques heures.

La préparation du plâtre

Le lendemain, le bois était totalement consumé et les morceaux de plâtre refroidis. Nous avons séparé les morceaux de plâtre cuits des incuits. Les incuits seront recuits ultérieurement. Le plâtre cuit a été ensuite broyé à l’aide de massettes et tamisé pour obtenir une poudre fine qui nous servira pour la suite des travaux.

L’enduisage du pilastre

Avant d’intervenir sur la bâti ancien, il est important de réaliser un relevé. Un relevé c’est en fait une photographie manuscrite de l’existant. A l’aide d’un mètre, de papier et d’un crayon, le mur est redessiné dans ses moindres détails. Ceci permet de garder un historique du bâtiment avant sa restauration.
Ensuite, une fois l’échafaudage installé, la construction du coffrage a été réalisée sur chaque face du pilastre. Avant d’enduire le mur, ce dernier a été humidifié et les gâchées de plâtre ont été préparées en versant la poudre de plâtre dans l’eau. Ensuite, chacun de nous a commencé à enduire le mur. Une fois le gypse appliqué et asséché en surface nous avons arasé l’enduit avec une truelle dite de Berthelet.

L’utilisation de cet ancien plâtre a permis de le recycler, mais aussi de garantir une homogénéisation de la couleur avec l’ancien gypse que nous avons conservé partiellement, lorsque ce dernier était encore résistant.

Les moulures

Afin de fabriquer les moulures, il est essentiel de construire auparavant un gabarit qui va permettre de les façonner. Sur ce chantier nous voulions recréer les anciennes moulures. A partir de fragments de vieilles moulures encore présents, nous avons dessiné le profil de la moulure, et reporté le dessin sur une plaque de zinc. Ensuite, il a fallu découper ce morceau de zinc selon les contours du dessin, le limer finement et fabriquer une armature pour maintenir la pièce de zinc.

Sur une plaque de bois préalablement huilée, du plâtre est déposé et chacun peut commencer à créer sa propre moulure en faisant glisser le gabarit et en rajoutant du plâtre au fur et à mesure, jusqu’à ce que la moulure soit parfaite. Il faudra alors attendre plusieurs semaines avant que celle-ci soit complètement sèche. En attendant, elle reste très fragile et doit être manipulée avec délicatesse!

Sur la photo ci-dessous, une moulure a été fabriquée à l’aide de plâtre du commerce. On remarquera la couleur blanche éclatante qui ne peut pas, dans notre cas, être utilisée sur l’ancien pilastre. L’utilisation de l’ancien plâtre a permis d’une part de le recycler mais aussi de maintenir une adéquation de couleur entre le gypse que nous avons conservé partiellement sur le pilastre et le plâtre de restauration.

 

Voilà, les 2 semaines se sont écoulées, le pilastre est terminé et l’enduisage du reste des murs, du soubassement, et la fabrication des moulures devraient se faire lors d’un prochain chantier auquel j’aurai plaisir à participer.

Ce chantier a pu être effectué dans les temps grâce à l’effort de chacun
et à la cohésion de l’équipe tout en respectant les règles sanitaires contre la COVID-19. Il a par ailleurs permis de faire
d’agréables rencontres dans une ambiance très riche intellectuellement.
🙂

 

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